Colette Gros : « être déçu(e), c’est une position de consommateur ! »

Colette Gros

Bibliothécaire à Romans, dans la Drôme, Colette Gros fait partie des militants de la première heure qui ont participé à la fondation de Nouvelle Donne. Elle répond aux questions de ND Sciences Po pour nous parler de sa vie militante.

Comment êtes-vous arrivée à Nouvelle Donne ?

J’ai connu Pierre Larrouturou en 1999. J’ai été séduite par l’idée de la réduction du temps de travail que j’ai découverte dans l’un de ses livres. À la fin de l’ouvrage, il y avait l’adresse de son association. Je suis allé à l’AG, j’ai pu rencontrer Pierre Larrouturou et je suis entrée au Parti Socialiste dans la foulée, pour faire vivre ces idées autour du temps de travail.

Ce n’était pas facile de défendre ces idées. Pour les appliquer, il faut une véritable volonté politique. Nous avons aussi travaillé sur la démocratie et l’Europe sociale, où nous avions imaginé des critères de convergences sociaux, et pas uniquement économiques.

Je suis ensuite entrée au Conseil National, et j’ai présenté avec Pierre Larrouturou et Stéphane Hessel la motion Oser, Plus loin, Plus vite au congrès d’octobre 2012. Nous nous sommes assez vite vus blackboulés par certains militants carriéristes, donc j’ai suivi Pierre Larrouturou lorsqu’il a créé Nouvelle Donne.

Pourquoi les propositions sur la réduction du temps de travail ont-elles eu cet accueil mitigé au PS ?

Quand Lionel Jospin a confié ce dossier à Martine Aubry, c’est une équipe qui n’y croyait pas vraiment qui s’en est occupé. La loi a crispé le dialogue social et sabré la loi Robien qui la précédait. Trop de politiciens ne sont pas à l’écoute du peuple. C’est devenu tabou maintenant d’en parler, la droite attaque cette loi des 35 heures, bénéfique mais qui a des inconvénients telle qu’elle est appliquée. Beaucoup d’entreprises ont par exemple joué sur les pauses des travailleurs pour passer aux 35 heures…

Quelle est votre position par rapport à votre ancien parti, le PS ?

J’ai subi des critiques, comme beaucoup, par rapport au fait de changer de parti. Mais j’ai toujours les mêmes idées, c’est le PS qui a changé, pas moi ! J’ai toujours tenu cette ligne politique, au PS, puis au Comité Roosevelt et à Nouvelle Donne. Trop de gens considèrent les partis comme une église, mais c’est avant tout un outil ! Un outil que les gens peuvent changer lorsqu’ils sont assez nombreux.

Les mêmes critiques ont fusé contre Pierre Larrouturou : au PS, on l’avait bombardé Monsieur Europe sans qu’on lui donne de réelle caution pour qu’il aille voir d’autres européens. C’était une coquille vide, il s’est senti inutile et logiquement, il est parti.

Le PS est désormais ‘has been’, il faut changer d’outil. Le PS est mort, vive le PS. Les militants ne parlent que de croissance et d’austérité, ils n’ont pas compris les mouvements alternatifs et ne se sont pas remis en cause.

Comment se passe la vie militante à Nouvelle Donne désormais ?

Nous sommes dans un jeune parti, donc il nous arrive de faire des erreurs de jeunesse. Nous avons autour de nous des gens séduits par les idées de Nouvelle Donne, d’autres par la charte et les procédures. Nous souffrons un peu de ces divisions au niveau local comme national, lorsque certaines personnes restent trop attachées aux procédures et n’ont pas compris les enjeux sociaux à discuter.

Mais je reste confiante. Il y a toujours beaucoup de militants qui se battent, et il faut juste qu’on procède de la même manière pour régler les problèmes en interne : bien les diagnostiquer, et apporter nos solutions.

Où en est Nouvelle Donne dans la Drôme ?

On sort d’une période compliquée, mais on se prépare pour les régionales. Le comité Drôme-Ardèche a été divisé à cause de différends entre militants, mais on se reconstruit petit à petit. Nous espérons que la campagne sur la précarité donnera une impulsion au mouvement et nous permettra de nous présenter seuls aux Régionales, pour pouvoir diffuser nos idées en priorité. J’ai confiance en l’être humain, dans le bouche à oreille pour convaincre les gens et faire passer notre message : nous avons des solutions sur l’emploi, l’Europe, la création monétaire…

Aujourd’hui, les banques nous font vivre un hold-up permanent, ni l’austérité ni la croissance ne sont des solutions. Alors qu’un revenu universel, par exemple, est très important. Il n’y a pas assez d’emplois en France notamment parce que nous avons eu de nombreux gains de productivité. Plutôt que culpabiliser, il vaudrait mieux partager et choisir ses activités !

Aujourd’hui, se contenter d’être déçu, c’est avoir une attitude de consommateur. Il faut se réunir, même si ce n’est pas toujours facile, j’ai pu rencontrer grâce à cela des gens formidables un peu partout !

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