Interview de Pierre Larrouturou pour Nouvelle Donne Sciences Po

En marge de la Journée des Gauches de Sciences Po mardi 14 avril, le co-fondateur de Nouvelle Donne a répondu à nos questions.

Pierre, sans mauvais jeu de mots, quelles nouvelles de Nouvelle Donne ?

P.L : Elles sont plutôt bonnes, on a fait 5,8% en moyenne aux élections départementales quand on avait des candidats seuls, et plus quand on était dans des alliances. On était dans 35 départements, partout où on est allés, on a eu un bon retour, je me rappelle d’une candidate de Bordeaux qui me disait qu’elle avait été très heureuse de faire campagne. On confirme notre bon score des européennes, où on avait réussi à avoir plus de 500 000 voix. Là, on se prépare à lancer une campagne sur le chômage et la précarité.

Le thème du jour c’est la France en 2017. Comment imaginez-vous la France dans douze ans ?

Si ce thème a été retenu, j’ai l’impression que c’est parce que la gauche pense qu’elle n’aura pas le pouvoir d’ici 2017. Je ne veux pas être dans ce défaitisme, je n’ose pas imaginer l’état de la France et du climat en 2027 si on laisse le pouvoir à la droite et l’extrême-droite. Je refuse le pessimisme qui veut que la gauche est finie et qu’il faudra dix ans pour qu’elle se reconstruise, et c’est bien pour ça qu’on a créé Nouvelle Donne.

Une question qu’on nous pose souvent, pour cette journée des gauches : où se situe Nouvelle Donne sur l’échiquier politique ?

Je pense qu’il faut avant tout parler des solutions qu’on met en avant. On rassemble des gens très différents autour de solutions concrètes. Après, je pense que le cœur de notre organisation est plutôt au centre-gauche, j’ai longtemps milité avec Michel Rocard au PS, à Europe Écologie. On compte aussi des gens qui n’ont jamais voté à gauche, et ils sont les bienvenus. Les vieux clivages explosent, les nouveaux clivages confrontent ceux qui se résignent et ceux qui veulent encore se battre, entre ceux qui ont compris la gravité de la crise sociale et ceux qui pensent que ce n’est pas grave et que la croissance reviendra régler tous les problèmes. Quand Stéphane Hessel me décrivait le Conseil National de la Résistance, il me disait que si la plupart des gens étaient à gauche, on retrouvait aussi des gaullistes, des communistes… A partir d’un moment, il faut savoir s’unir sur des questions cruciales pour la France et l’Europe.

À votre avis, la gauche est elle durablement divisée ou en pleine recomposition ?

Les divisions sont inquiétantes, il y a un pourrissement, une véritable déception par rapport au PS, on a un vrai morcellement des forces politiques, avec même des désaccords entre les cadres du Front de Gauche et des Verts. Si on veut reconstruire l’unité, ce ne sera pas en faisant comme Mitterrand avec de grands discours rassembleurs, mais plutôt par le terrain, les réseaux et les solutions concrètes, c’est pour ça que des journées comme celles-ci existent.

2017, c’est perdu pour la gauche ?

Non. Tous ceux qui disent que le choix sera entre l’UMP et le FN se trompent, en tous cas on va tout faire pour leur prouver le contraire. Comme citoyen, agronome, père de famille je pense qu’on est dans une situation critique, on a fait pourrir le pays depuis trente ans et sans solution forte sur le climat, la lutte contre le chômage, l’Europe ou le Moyen-Orient on n’y arrivera pas. On ne vit pas une oppression à la soviétique, mais on est dans un système qui broie, qui est inhumain. On a 14 000 personnes qui meurent véritablement du chômage chaque année en France. Mais on peut avoir des surprises, personne ne voyait s’effondrer le mur de Berlin. Il faut qu’on brise les tabous.

Le PS, que vous connaissez bien, a-t-il un avenir ?

Il a un réseau d’élus encore important, mais il vient d’en perdre la moitié aux élections départementales et municipales, et les régionales ne devraient pas être mieux. Je garde des amis au PS, mais intellectuellement et collectivement, ils sont morts, c’est dramatique de voir qu’ils n’ont pas tiré les leçons du 21 avril 2002 ni du non au référendum européen de 2005. Quand la gauche gagne en 2012, certes pour éliminer Sarkozy, elle a tout pour réussir avec tous les pouvoirs en main : les régions, les départements, les grandes villes et les deux chambres et une crise du capitalisme qui appelle à être régulé. J’ai franchement honte de voir que l’aide publique au développement vient de diminuer pour la quatrième année de suite, qu’on se fiche du climat malgré le sommet de 2015. Comment les cadres de ce parti peuvent-ils gérer leur carrière sans se soucier de ce pourrissement ? Certains nous voient comme le Podemos français. Chaque pays est différent, mais il faut qu’on arrive à créer la surprise, peut-être pas tout seuls, mais on doit le faire.

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2 réflexions au sujet de « Interview de Pierre Larrouturou pour Nouvelle Donne Sciences Po »

  1. Une parole d’espoir parmi la désillusion générale… mais il faut construire qq chose qui tienne et dure et sache faire de la pédagogie, c’est plus qu’urgent…
    Bonne route!
    P. M

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  2. Pas tout seul , c’est là l’enjeux. Et ce ne sera pas avec l UDI , nouvelle donne (dont je suis) n’est pas au centre , peut être Pierre , mais nous les militants on va plutôt vers des solutions exprimés et expérimentés a gauche (PG), plutôt qu’UDI. Si nouvelle donne veut vraiment ne pas être le castrateur du PG (comme l’espere le PS, comme ça au 2 eme tour,on vote républicain (quoique maintenant que c’est un nom de parti, encore de l’embrouille) , il faut s’allier, si JML à perdu son parit en 2012, c’est du aux media qui préfèrent le FN et l’UMP, et à eux même qui on oubliés de s’allier avec EELV (ça aurait eu une autre gueule Melanchon et Eva joly sur la même affiche , pour contrer un truand incompétent) . Donc ce coup si la gauche ne gagnera pas si elle ne s’alie pas et Bayrou il s’en fou de l’écologie et du partage.

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