A Sciences Po, Jean-Paul Fitoussi valide les idées de Nouvelle Donne :

« A Nouvelle Donne, nous revendiquons le droit au bonheur pour tous ». Plus de 160 personnes de tous âges étaient présentes ce soir pour écouter Pierre Larrouturou présenter les thèses de Nouvelle Donne à l’économiste Jean-Paul Fitoussi. Un analyste dont on ne présente plus la renommée internationale, qui a partagé la plupart des constats dressés par le co-fondateur et co-président du jeune parti.

Les constats en question ne sont pas fameux. « Il faudrait entre 2 et 2.5% de croissance annuelle pour sortir du chômage. On n’atteint plus ce score depuis 30 ans », a commencé ce dernier. Un tableau déjà gris qu’a noirci M. Fitoussi : « nos indicateurs de croissance ne prennent pas en compte non plus les dégâts que cause cette recherche de la croissance sur l’environnement ou le bien-être. Même un embouteillage est positif pour la croissance ».

Avec deux économistes pour animer la soirée, il est prévisible que l’échange soit truffé de chiffres. Gagné. M. Larrouturou les a bien choisis : 500 000 nouvelles personnes qui s’enregistrent à Pôle Emploi chaque mois. Sur les 400 000 qui le quittent, la moitié sont de simples radiations administratives. Et notre intervenant de s’indigner, évoquant cette femme rencontrée à Hénin-Beaumont qui vit avec 470€ par mois : « comment peut-on lui demander de relancer la croissance avec cette somme ? »

ND Sciences Po

Les attaques au libéralisme européen sont directes : « En 1992, on nous explique que le marché libre va booster la croissance, se souvient Pierre Larrouturou. L’année d’après, la croissance est nulle. Peu après, on nous annonce que le Japon dominera l’économie mondiale au XXIème siècle. Ce ne sera qu’une bulle ». L’ancien président de l’OFCE ne peut qu’approuver : «Ce qu’il se passe en Grèce est inacceptable : pour une simple raison de doctrine, on fait croître la mortalité infantile et le nombre de morts par absence de soin. La doctrine peut-elle nous mener si loin ? » Celui qui est aussi professeur émérite à Sciences Po s’emporte : « La période de stagnation qu’a connue l’Europe depuis la crise financière est plus longue que la stagnation des années 1930. Alors que nous voulons réduire la dette, toutes les politiques que nous menons ne conduisent qu’à l’augmenter ».

Le chapitre des politiques publiques est étoffé du côté de Nouvelle Donne. Pour son co-président, les méthodes employées depuis plusieurs décennies n’ont que peu d’effets. L’exemple Japonais revient sur la table : 6,6 points de PIB sont investis chaque année dans des plans de relance et 3,3% en recherche et développement. Les prêts à 0% sont facilités pour inciter à l’investissement. Résultat ? Une croissance moyenne de 0,7% entre 1992 et 2011. Une offensive économique couronnée par une croissance très molle. Quant aux États-Unis, ils subissent aussi les foudres de l’intervenant : « Malgré 3500 milliards créés par la Fed, les USA n’arrivent pas à sortir de la crise. » Jean-Paul Fitoussi va dans le même sens et fait trébucher l’Allemagne de son piédestal :

« on exagère la santé économique de ce pays. Sur les cinq dernières années, sont taux de croissance a été de 0,6% de moyenne, contre 0,4% pour la France ».

Comme si cela ne suffisait pas, M. Larrouturou évoque avec ironie la « petite crise climatique » que nous connaissons. Mais il ne s’étend pas, bien conscient que le public est déjà bien informé avec ce sujet. Il est temps de cerner les racines du problème après l’avoir décrit. D’où nous vient cette triple crise sociale, financière et climatique ?

Un graphique, comme souvent avec le pédagogue homme politique, éclaire un peu mieux l’auditoire. « On observe une cassure avec l’arrivée au pouvoir de Reagan : la sortie de Bretton Woods et le choc pétrolier n’avaient pas ébranlé autant que lui l’économie des États-Unis. » Les lacunes démocratiques de l’Union Européenne scandalisent aussi les intervenants. « Le système de gouvernance de l’UE transforme les chefs d’État en gouverneurs de province. On peut voter pour changer de président, mais plus pour changer de politique », assène M. Fitoussi.

Un autre graphique, amené par le même orateur, souligne un autre phénomène : la majeure partie des suppressions d’emplois s’expliquent aussi par les gains énormes de productivité réalisés depuis deux siècles. « M. Sarkozy peut scander ‘travailler plus pour gagner plus’, ce n’est pas dans ce sens que va l’histoire », amorce-t-il.

« L’informatisation et la robotisation ont transformé l’emploi. Il ne faut plus que deux pilotes pour piloter un avion, contre quatre il y a cinquante ans. »

Les solutions se trouvent en partie au cœur de ces symptômes. La Grèce est écrasée sous la dette. « Mais son budget serait excédentaire sans les intérêts de cette dette ». Que faire ? « Racheter la dette des Grecs à 0,1%, soit 90 fois moins que ce qui a été mis en place par certaines banques. Et tout ça sans avoir à changer les traités. Voilà un moyen de montrer que l’Europe est utile ! » plaide M. Larrouturou, dont l’idée a été défendue par Michel Rocard comme Georges Soros.

Brocardés à de nombreuses reprises pour « inspirer à l’UE des politiques qu’ils n’appliquent même pas », les pays nord-américains ont aussi été cités en exemple de politiques innovantes et alternatives. « Le taux d’impôts sur les bénéfices est de 38% au niveau fédéral depuis Franklin Roosevelt, rappelle le co-fondateur de Nouvelle Donne. Alors qu’il était à peu près à ce niveau dans la zone euro en 1995, il a dégringolé jusqu’à 25% en 2011. »

Quant à la productivité, elle ne doit pas représenter un obstacle. M. Larrouturou invoque le cas canadien où la lutte contre le chômage passe par une meilleure répartition de l’emploi. Près de 400 entreprises françaises – dont Mamie Nova et Fleury Michon – ont aussi décidé de compenser leurs gains de productivité par un partage plus large du travail. Résultat : des centaines d’emplois créés et des structures qui continuent à fonctionner six jours sur sept. « Voilà la meilleure manière de partager les richesses en partageant le travail », conclut-il en réponse à une question de l’assistance. Son économiste de voisin veut compléter, en insistant sur la nécessité de coupler cette répartition avec l’augmentation de la productivité.

« Si la productivité cessait de croître, on ne pourrait ni réduire les revenus, ni le temps de travail », rappelle M. Fitoussi.

La lutte contre crise climatique est présentée aussi comme un moyen de redynamiser l’économie. Le projet de Nouvelle Donne que nous vous présentions il y a quelques jours d’investir dans le logement est mentionné. Jean-Paul Fitoussi approuve et explique la nécessité de fonder une croissance qualitative fondée sur l’éducation et l’économie verte.

Le dernier défi à être abordé est éminemment politique : comment arriver à mettre tout ce programme en œuvre ? Nouvelle Donne sera-t-il le prochain Podemos français, bondissant du jour au lendemain dans les sondages ? Ou devra-t-il s’allier avec d’autres partis, comme le suggère quelqu’un du public ? Aucune des deux options n’est écartée par son co-président, qui annonce rencontrer prochainement Éric Piolle, maire Europe-Écologie-Les-Verts de Grenoble. Comment ne pas se transformer en « gouverneur de province européenne » une fois au pouvoir ? Confirmant le point de vue fitoussien d’une intolérable priorité de la technocratie sur la démocratie, Pierre Larrouturou s’en remet à l’histoire : « Margaret Thatcher n’a rien lâché au moment de scander ‘I want my money back’. Pourquoi n’insisterions-nous pas ? » Et l’intervenant de se rappeler ses jeunes années sur ces mêmes bancs de Sciences Po : « le spécialiste de l’Allemagne de l’époque était venu nous expliquer que le mur de Berlin était là pour encore cinquante ans. Nous étions en avril 1989. »

Un mouvement citoyen d’ampleur peut faire changer le cours de l’histoire. Et peut être nous éviter ce que craint Jean Paul Fitoussi : « un avenir sans futur ».

Débat, visite de travail en Normandie et conférence : une semaine chargée pour Nouvelle Donne !

Les prochains jours qui s’annoncent vont voir plusieurs de nos projets se concrétiser. Trois événements d’importance permettent à Nouvelle Donne Sciences Po de faire porter sa voix dans le débat politique.

  • Pour commencer, nous organisons le jeudi 5 février à 19h en partenariat avec l’UDI un débat inter-partis modéré par les Jeunes Européens sur le sujet Le TAFTA : projet, rejet, alternatives. L’échange se fera aussi en présence des antennes de Sciences Po du Front de Gauche, des Jeunes Socialistes, du MoDem, du Parti Socialiste, des Verts et de l’UMP. Une manière de montrer notre attachement au dialogue. Nous souhaitons réunir tout le monde autour d’une même table sur un sujet aussi crucial que ce traité.

Débat ND(Salle 34, 27 rue Saint Guillaume, entrée libre)

  • Les 6 et 7 février, notre section se déplace à Rouen à la rencontre d’acteurs de l’économie sociale et solidaire. Soucieux de confronter les théories avec la réalité et de ne pas cantonner notre action à Paris, nous avons prévu de visiter une épicerie sociale, une ferme proposant un modèle alternatif de production et une entreprise innovante spécialisée dans la vente de vélo.

Ferme des bouillonsLa Ferme des Bouillons, au programme des visites.

  • Enfin, le lundi 9 février, nous organisons une conférence à Sciences Po avec Pierre Larrouturou, co-fondateur et co-président de Nouvelle Donne, et l’économiste Jean-Paul Fitoussi, ancien président de l’OFCE, apprécié en France comme à l’étranger pour ses travaux. Une bonne occasion pour nous de mettre nos propositions à l’épreuve d’une expertise économique aussi reconnue que celle de M. Fitoussi.

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