Jamais aussi peu de logements construits depuis 1997 : non au fatalisme

La plupart de nos lecteurs avaient entre 1 et 5 ans au moment où un chiffre aussi faible avait été atteint : moins de 300 000 logements ont été construits en 2014, soit le pire score depuis 1997. La chute est colossale : -10% en un an, un saut deux fois plus brutal qu’entre 2013 et 2014. Bien dommage pour le gouvernement, qui avait tablé sur 500 000 nouvelles habitations sur les douze derniers mois. Crédibilité maximale.

En cause, la crise économique, le chômage et le prix élevé de l’immobilier neuf. Cercle vicieux, donc : moins on fait construire, plus le prix de l’immobilier est cher, et moins on a les moyens de faire construire. Baisser les prix ou licencier ? Le choix dans l’immobilier se porte bien trop sur la seconde solution ; 35 000 emplois ont été détruits dans le secteur. Du travail pas très propre, donc, et la dynamique n’est pas près de s’inverser sur le long terme : la demande est en chute de 36% par rapport au niveau de 2007. Le « léger rebond » de 5% espéré par certains analystes ne risque pas de changer la donne et ne compensera pas les destructions de cette année. En admettant encore que cette mièvre reprise ait lieu.

Pour cela, il faudrait que les dernières mesures du gouvernement, qui facilitent l’accès à des prêts à taux zéro et simplifient les normes de construction portent réellement leurs fruits. Rien de très ambitieux pour sortir d’une telle spirale. En attendant, les prix risquent d’augmenter, avec de probables répercussions sur le locatif et donc sur le pouvoir d’achat des Français.

 

Des solutions existent pourtant. Elles nécessitent un peu de courage et quelques moyens, mais là où elles ont été mises en oeuvre, elles ont porté leurs fruits.

La France possède et thésaurise les 36 milliards d’euros de son fonds des retraites. Un capital non négligeable, qui est investi sur les marchés financiers. Donc très indirectement dans l’économie réelle.

Une mesure que propose Nouvelle Donne s’inspire des Pays Bas, où un fonds similaire a été investi dans un grand plan public d’investissement dans le logement. Du coup, un logement sur deux est géré par une coopérative sur ces fonds, ce qui a permis de construire des milliers de logements et de créer des emplois.

Coûteux ? Un luxe ?

L’investissement rapporterait 3,5% par an, grâce aux loyers versés. Le pouvoir d’achat des locataires pourrait s’améliorer de 2000€ par an du fait du soulagement du marché de l’immobilier, tandis que des milliers d’emplois pourraient être créés tout en faisant un pas supplémentaire vers la transition énergétique avec des bâtiments mieux isolés et respectueux de l’environnement. La liste des avantages est longue, et Pierre Larrouturou l’avait déroulée dans l’approbation générale il y a un an, lors de son passage à Mots Croisés.

Bref, il est difficile de recevoir les atermoiements de gouvernements qui se succèdent en menant des politiques classiques et usées. Des initiatives innovantes germent à quelques centaines de kilomètres d’ici, on n’a besoin que de courage politique pour les mener. Un courage qui coûte toujours moins cher que prolonger l’inertie actuelle.