Et si nous parlions du temps de travail ?

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Il est de bon ton aujourd’hui d’expliquer d’un air docte que les Français ne travaillent pas assez et qu’ils sont une honte pour le reste du monde. Dans les talk-shows, on s’indigne face à ce peuple endormi tandis que PS et UMP semblent partis dans une course vers la destruction des 35 heures à moyen-terme. Après la défiscalisation des heures supplémentaires prévue par la loi TEPA durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, François Hollande cherche de plus en plus à déverrouiller le travail du dimanche comme potentielle source d’emploi, tandis qu’Emmanuel Macron avance ses premiers pions pour remettre en cause les 35 heures.

Aller dans le sens de l’histoire :

Mais ces projets que l’on nous présente sous un visage toujours moderne et bienséant de « souplesse », de « réforme », « d’ajustement » nous semblent à Nouvelle Donne plutôt antiques et allant à rebours de la direction que prend l’histoire humaine ces derniers siècles.

La productivité industrielle dans les pays dits développés a été multipliée par cinq en un demi-siècle. La masse de richesses produites dans le monde depuis 2000 a été multipliée par deux en dix ans. Et les taux de chômage augmentent constamment ou stagnent à mesure que la croissance ralentit. Dans les pays où ce taux se maintient à de faibles niveaux (Royaume Uni, Etats-Unis, Allemagne), le bas chômage est compensé par de nombreux emplois précaires (à temps partiel ou mal payés, grâce à la souplesse du marché du travail local).

Bref, il y a donc besoin de moins en moins d’heures de travail pour produire la même chose et un nombre de plus en plus faible travaille de plus en plus. Quelle est la réaction des derniers gouvernements face à cela ? Encourager ceux qui travaillent déjà à travailler encore plus, et donc concentrer un peu plus la richesse produite.

Nouvelle Donne s’engage dans un sens conforme à celui du progrès des dernières décennies, un sens qu’espérait déjà Keynes pour libérer les travailleurs. Être plus nombreux pour produire afin de se répartir plus justement le travail est d’une logique implacable et pourtant elle semble échapper à la plupart des partis de l’échiquier politique. Il ne s’agirait pas d’une réforme rigide comme celle des 35 heures, mais bien plus d’un changement adapté à toutes les formes d’entreprises, basé sur des critères plus détaillés que la seule quantité hebdomadaire de travail. Xavier Bertrand le reconnaissait, les Français travaillent en moyenne 40 heures plutôt que 35, signe que ce dispositif doit être repensé. Il s’agirait ici, à travers un plan de la semaine de quatre jours d’encourager fiscalement les entreprises à embaucher en répartissant davantage le travail grâce à une baisse temporaire des charges salariales et patronales.

Nous avons tout à y gagner :

Les plus rétifs à ce changement argueront immédiatement que ce changement implique une baisse des salaires inexorable ou une perte en productivité énorme. Mais cela est évitable : d’une part, la réduction importante de chômage qu’entraînerait une meilleure répartition de l’emploi allègerait bien des charges à l’État et aux entreprises qui doivent indemniser les sans-emplois. De nouvelles marges qui permettraient de maintenir des salaires équivalents. Autre bénéfice d’une telle mesure : les accidents du travail, que l’on peut expliquer en partie par une suractivité des travailleurs, se verraient réduits, allégeant aussi les coûts (croissants l’an dernier) pour les entreprises et la sécurité sociale.

Quand bien même la productivité pourrait se voir dans certains secteurs diminuée dans un premier temps, il est nécessaire de porter un regard lucide sur l’état actuel des choses. La France a le troisième meilleur taux de productivité horaire du monde, rivalisant avec celui des Etats-Unis, et devançant largement l’Allemagne que l’on nous vante trop régulièrement dans les médias comme l’exemple à suivre. Un partage du temps de travail avec maintien des salaires maintiendrait la France parmi les pays les plus productifs tout en créant de l’emploi.

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Source BIT via Journal du Net

Mais les avantages d’une telle mesure ne sont pas qu’économiques. Rendre l’opportunité à des chômeurs de longue durée de travailler, c’est leur permettre de renforcer un lien social qui s’étiolait. Entre les travailleurs en proie à l’aliénation que produit une surcharge de travail et les chômeurs découragés, notre société se consume par ses deux extrémités, et le score du Front National croît en même temps que le chômage. Partager le travail, c’est donc rendre l’opportunité à tout un chacun de s’épanouir dans sa sphère privée comme professionnelle, et de dynamiser par la même occasion les secteurs en déclin de la culture et des loisirs.

Il est donc urgent de ne pas céder aux discours dégradant l’image des travailleurs français à longueur de journée en appelant ceux qui travaillent déjà à redoubler d’intensité. C’est là vouloir aliéner un peu plus ceux qui ont déjà un emploi et ceux qui ont de moins en moins d’espoir d’en trouver un. Il est temps de reprendre la main sur ce préjugé destructeur et de remettre notre marché de l’emploi dans la bonne direction.

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