Pierre Larrouturou : « C’est l’ensemble de la société qui est en train d’imploser »

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À quelques jours du lancement de la campagne Chômage-Précarité de Nouvelle Donne, Pierre Larrouturou a répondu à nos questions pour cette série de portraits de militants. Ses projets, son passé à Andersen ou encore ses relations avec le PS, il évoque un certain nombre de sujets.

Pourquoi cette campagne contre la précarité ?

Il faut rompre avec l’inertie et le train-train de la vie politique française. En ce moment, partout, on se résigne, on a en moyenne 30 000 chômeurs de plus et 50 000 personnes qui tombent dans la pauvreté tous les mois. C’est un flux constant sous les mandats de M. Sarkozy comme M. Hollande. De nombreuses personnes sont aussi rayées des listes par Pôle Emploi, ce qui fait artificiellement baisser les chiffres et progresser la pauvreté. Un chercheur de l’INSERM expliquait récemment que le chômage provoquait directement ou indirectement 14 000 morts chaque année. Des millions de jeunes sont en difficulté et ne trouvent aucun emploi. Les plus anciens aussi se font licencier. C’est l’ensemble de la société qui est en train d’imploser.

Cette situation est un scandale. On ne s’intéresse pas aux chômeurs, aux précaires et salariés qui en souffrent. Le congrès du PS vient d’avoir lieu et tout va bien à les entendre, il y a 6 millions de chômeurs, une croissance en train de planter partout, et pourtant ce même discours sur la croissance revient. Personne ne peut y croire : aux États-Unis, au Canada, au Brésil comme en Chine, l’activité recule.

À Nouvelle Donne, on ne se résigne pas. Mardi, nous allons intervenir devant l’assemblée pour réveiller les députés et leur faire des propositions d’urgence pour changer de dynamique et se protéger de la prochaine crise financière, qui pourrait s’avérer plus grave encore que la précédente. Il faut protéger les salariés, les PME et relancer l’activité. Nous avons aussi des solutions pour faire baisser les loyers. Tout comme Manuel Valls a rapidement fait voter la Loi Renseignement, en trois mois nous pouvons mettre en place cinq mesures clés et commencer à reprendre la main.

Vous avez évoqué le Parti Socialiste, qui vient de tenir son congrès à Poitiers, dont vous avez été adhérent à plusieurs reprises. Que répondez-vous à ceux qui vous reprochent vos différentes affiliations politiques successives ?

Lorsqu’on parle de Stéphane Hessel, avec qui j’ai fondé le Collectif Roosevelt, on n’entend pas les mêmes critiques, alors qu’il a changé de parti en même temps que moi. Depuis 20 ans, je n’ai jamais changé de discours : dans mon premier article en 1993, j’analysais déjà les limites de la croissance. Je suis vraiment rentré au PS après le 21 avril 2002 et le choc qui a suivi la présence du FN au second tour. À ce moment, François Hollande promet que le PS se remettra en cause. Je pensais que le choc était suffisant pour que le PS se remette au travail.

J’ai été déçu. J’ai quitté le PS et suivi Stéphane Hessel qui a rejoint Europe Écologie Les Verts. EELV proposait à ce moment un projet en adéquation avec les citoyens, nous étions quelques uns à y croire. Stéphane Hessel et moi nous étions donc présentés dans une liste pour les élections régionales de 2010.

Mais j’ai quitté EELV, choqué par les magouilles financières qui y régnaient, impliquant jusqu’à 150 000 euros d’argent public et Jean-Vincent Placé. Ou plutôt, on m’a mis dehors pendant les négociations des présidentielles de 2012, parce que je posais des questions qui dérangeaient sur ce sujet…

Avec Stéphane Hessel, nous avons alors déposé une motion au congrès du PS de Toulouse, fin 2012. Pourquoi ? A ce moment, le PS a tous les leviers du pouvoir, et c’est le moment de faire passer nos idées. Tout ce qui caractérise aujourd’hui Nouvelle Donne était dans la motion. Mais personne n’a accepté le débat. Je me suis rendu à de nombreuses reprises à l’Élysée ou à Matignon avec Bruno Gaccio ou Stéphane Hessel, et rien n’a changé. Il fallait donc créer Nouvelle Donne pour se faire entendre.

Le PS est aujourd’hui en état de mort cérébrale, rien de nouveau n’est proposé, c’est caricatural. J’y garde des amis, mais je me demande s’ils resteront longtemps, le parti n’est plus capable de bouger, c’est fini. Ils ont renoncé au progrès social et au débat démocratique. Ils ne sont donc même plus sociaux-démocrates. Au PS comme à droite, on prend un moment dérisoire pour réfléchir sur le fond avant de ne se concentrer que sur sa carrière.

De mon côté, j’ai essayé de me présenter aux élections présidentielles dans le seul but d’alerter et de proposer des idées. C’est le sens d’un combat militant. Lorsqu’en 2005 je me lance dans une grève de la faim, c’est avant tout pour prévenir qu’une crise financière d’ampleur menace.

Petite parenthèse en parlant de vos candidatures aux présidentielles : pourquoi ce décalage entre les parrainages d’élus que vous revendiquiez et ceux réellement reçus par le conseil constitutionnel ?

Déjà, je pense m’y être pris un peu trop tard à l’époque pour pouvoir recueillir assez de signatures. Nous recueillions d’abord les signatures avant de les transmettre au Conseil Constitutionnel. Voyant que le compte n’y serait pas, nous n’avons pas jugé utile de transmettre les parrainages. Les quelques signatures quand même comptabilisées sont celles que les élus ont directement envoyées au Conseil, d’où l’écart entre revendications et chiffres réellement enregistrés.

On vous connaît beaucoup pour vos positions en faveur de la semaine de quatre jours. Y a-t-il d’autres thèmes qui vous sont devenus aussi chers ?

Oui, bien sûr. Ce que nous proposons à Nouvelle Donne en termes de réforme de l’Europe et de la démocratie est essentiel. Ce sont avant tout les questions de justice sociale qui me tiennent à cœur, donc tous les sujets qui permettent d’accomplir plus de justice sociale sont dignes d’intérêt et je dois m’engager dans cette lutte. C’est d’ailleurs le sens de mon départ d’Andersen, le plus grand cabinet de conseil du monde au moment où j’y travaillais : je devais renoncer à tout engagement politique. C’était impossible pour moi. Ils ont compris ma décision, je suis parti.

N’avez-vous jamais souffert des reproches qu’on pouvait vous faire quant à cette fréquentation passée de ces milieux d’affaires ?

Il est vrai que j’y gagnais bien ma vie. Je suis resté engagé dans le débat d’idées, notamment en fréquentant sporadiquement le Club des Acteurs de la Nouvelle Époque, qui rassemblait des personnalités et industriels de droite comme de gauche. Je n’en avais pas honte, vu que je rencontrais des personnalités intéressantes, comme Guillaume Pépy. Mais je culpabilisais de ne pas militer davantage sur le terrain, et j’ai décidé de faire une année sabbatique que j’ai consacrée à m’engager à ATD Quart-Monde, en 1993. J’ai vécu très modestement sur la fin de cette année, qui m’a fait réaliser les bienfaits que la semaine de quatre jours pourrait apporter à la société. J’étais même interdit bancaire et j’ai dû me nourrir à la banque alimentaire sur la fin ! Et j’allais faire des photocopies en cachette à Andersen pour imprimer des textes que j’écrivais pour promouvoir la semaine de quatre jours… Heureusement, il y a prescription maintenant (rires) !

Colette Gros : « être déçu(e), c’est une position de consommateur ! »

Colette Gros

Bibliothécaire à Romans, dans la Drôme, Colette Gros fait partie des militants de la première heure qui ont participé à la fondation de Nouvelle Donne. Elle répond aux questions de ND Sciences Po pour nous parler de sa vie militante.

Comment êtes-vous arrivée à Nouvelle Donne ?

J’ai connu Pierre Larrouturou en 1999. J’ai été séduite par l’idée de la réduction du temps de travail que j’ai découverte dans l’un de ses livres. À la fin de l’ouvrage, il y avait l’adresse de son association. Je suis allé à l’AG, j’ai pu rencontrer Pierre Larrouturou et je suis entrée au Parti Socialiste dans la foulée, pour faire vivre ces idées autour du temps de travail.

Ce n’était pas facile de défendre ces idées. Pour les appliquer, il faut une véritable volonté politique. Nous avons aussi travaillé sur la démocratie et l’Europe sociale, où nous avions imaginé des critères de convergences sociaux, et pas uniquement économiques.

Je suis ensuite entrée au Conseil National, et j’ai présenté avec Pierre Larrouturou et Stéphane Hessel la motion Oser, Plus loin, Plus vite au congrès d’octobre 2012. Nous nous sommes assez vite vus blackboulés par certains militants carriéristes, donc j’ai suivi Pierre Larrouturou lorsqu’il a créé Nouvelle Donne.

Pourquoi les propositions sur la réduction du temps de travail ont-elles eu cet accueil mitigé au PS ?

Quand Lionel Jospin a confié ce dossier à Martine Aubry, c’est une équipe qui n’y croyait pas vraiment qui s’en est occupé. La loi a crispé le dialogue social et sabré la loi Robien qui la précédait. Trop de politiciens ne sont pas à l’écoute du peuple. C’est devenu tabou maintenant d’en parler, la droite attaque cette loi des 35 heures, bénéfique mais qui a des inconvénients telle qu’elle est appliquée. Beaucoup d’entreprises ont par exemple joué sur les pauses des travailleurs pour passer aux 35 heures…

Quelle est votre position par rapport à votre ancien parti, le PS ?

J’ai subi des critiques, comme beaucoup, par rapport au fait de changer de parti. Mais j’ai toujours les mêmes idées, c’est le PS qui a changé, pas moi ! J’ai toujours tenu cette ligne politique, au PS, puis au Comité Roosevelt et à Nouvelle Donne. Trop de gens considèrent les partis comme une église, mais c’est avant tout un outil ! Un outil que les gens peuvent changer lorsqu’ils sont assez nombreux.

Les mêmes critiques ont fusé contre Pierre Larrouturou : au PS, on l’avait bombardé Monsieur Europe sans qu’on lui donne de réelle caution pour qu’il aille voir d’autres européens. C’était une coquille vide, il s’est senti inutile et logiquement, il est parti.

Le PS est désormais ‘has been’, il faut changer d’outil. Le PS est mort, vive le PS. Les militants ne parlent que de croissance et d’austérité, ils n’ont pas compris les mouvements alternatifs et ne se sont pas remis en cause.

Comment se passe la vie militante à Nouvelle Donne désormais ?

Nous sommes dans un jeune parti, donc il nous arrive de faire des erreurs de jeunesse. Nous avons autour de nous des gens séduits par les idées de Nouvelle Donne, d’autres par la charte et les procédures. Nous souffrons un peu de ces divisions au niveau local comme national, lorsque certaines personnes restent trop attachées aux procédures et n’ont pas compris les enjeux sociaux à discuter.

Mais je reste confiante. Il y a toujours beaucoup de militants qui se battent, et il faut juste qu’on procède de la même manière pour régler les problèmes en interne : bien les diagnostiquer, et apporter nos solutions.

Où en est Nouvelle Donne dans la Drôme ?

On sort d’une période compliquée, mais on se prépare pour les régionales. Le comité Drôme-Ardèche a été divisé à cause de différends entre militants, mais on se reconstruit petit à petit. Nous espérons que la campagne sur la précarité donnera une impulsion au mouvement et nous permettra de nous présenter seuls aux Régionales, pour pouvoir diffuser nos idées en priorité. J’ai confiance en l’être humain, dans le bouche à oreille pour convaincre les gens et faire passer notre message : nous avons des solutions sur l’emploi, l’Europe, la création monétaire…

Aujourd’hui, les banques nous font vivre un hold-up permanent, ni l’austérité ni la croissance ne sont des solutions. Alors qu’un revenu universel, par exemple, est très important. Il n’y a pas assez d’emplois en France notamment parce que nous avons eu de nombreux gains de productivité. Plutôt que culpabiliser, il vaudrait mieux partager et choisir ses activités !

Aujourd’hui, se contenter d’être déçu, c’est avoir une attitude de consommateur. Il faut se réunir, même si ce n’est pas toujours facile, j’ai pu rencontrer grâce à cela des gens formidables un peu partout !

Isabelle Attard pour ND SciencesPo : « Quand la démocratie est forte, inutile de fliquer la population ! »

Députée Nouvelle Donne, Isabelle Attard fait partie des rares parlementaires de gauche à s’opposer à la loi sur le renseignement. Elle a accepté de répondre aux questions de notre section pour s’exprimer à ce sujet.

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Mme Attard, quel est votre commentaire sur la déclaration de Manuel Valls qui disait que « la menace terroriste n’a jamais été aussi importante » ?

C’est de la pure communication. Alors oui, il y a des départs pour le djihad, c’est un élément nouveau à prendre en compte, mais la menace terroriste existe depuis plus longtemps. Si le gouvernement voulait vraiment s’occuper de sécurité des citoyens, il devrait s’attaquer aux violences conjugales, ou même à la santé publique qui font de bien plus nombreuses victimes.

Pensez-vous que le risque d’attentat en France est quand même plus élevé en ce moment ?

C’est difficile à dire. Je pense qu’il y a de réelles menaces et je souhaite que le gouvernement lutte de toutes ses forces contre elles, mais ce n’est pas de cette façon-là qu’on sera efficace. Là, on perd sur les deux tableaux : on a moins de liberté et moins de sécurité.

Pensez-vous que le fameux « esprit du 11 janvier » soit utilisé par le gouvernement pour faire passer cette loi ?

Totalement, il a été détourné. Nous vivons une situation insupportable : tous ceux qui s’opposeront aux lois sur la sécurité, et c’était déjà comme ça en septembre, sont considérés comme non-républicains. Il faut se souvenir que dès le 11 janvier, au milieu des manifs, tous les discours n’étaient pas identiques.

Je n’ai pas digéré le mépris de M. Cazeneuve à mon égard concernant les débats dans l’hémicycle : parce que je m’oppose à cette loi sur le renseignement, on me traite d’arrogante, d’incompétente et de non-citoyenne. Ce n’est pas une attitude correcte de la part d’un ministre.

Que reprochez-vous à la loi antiterroriste ?

Il y a quelques points positifs parmi des articles très inquiétants. On peut très bien imaginer des services de renseignement qui font leur travail sans fliquer les citoyens. La loi pourrait être correcte sans son article 2 et quelques autres points, qui mettent en place la surveillance de toute la population.

Je suis inquiète de ce qu’on fera des données collectées sur les citoyens. Comment va-t-on les trier ? Peut-on être sûr qu’elles ne seront pas réutilisées ni gardées sous le coude ?

À votre avis, dans quel but le gouvernement aurait-il intérêt à surveiller autant les Français ?

Je pense qu’il s’agit d’empêcher toute contestation, tout mouvement social qui lui serait néfaste. Il n’y a qu’à voir aux États-Unis : le patron de la NSA lui-même a reconnu que son agence ne parvenait pas à empêcher d’attentat. Par contre, elle a pu surveiller des mouvements écologistes de très près. En France, il y aussi des mouvements qui inquiètent le gouvernement, à Sivens ou Notre-Dame des Landes. Un article du magazine Reflets l’explique très bien : nous vivons dans un monde surfinanciarisé où le modèle libéral poussé à l’extrême se casse la figure. Les oppositions pensent à des modèles alternatifs qui font peur à l’oligarchie, pour reprendre le mot de Monique Pinçon-Charlot.

On revient au « cabinet noir de Richelieu », critiqué et supprimé à la Révolution, puis revenu au milieu du XIXème siècle. Mais quand la démocratie est forte, il n’y a aucune raison de fliquer la population.

Que pensez-vous des autres pays occidentaux qui font aussi passer des lois sur la sécurité et le renseignement ?

Il y a beaucoup de démagogie. Ils font le maximum pour faire croire à la sécurité de tous. Mais ces lois n’ont aucun effet : rien n’aurait changé concernant l’attentat déjoué à Villejuif si le texte était en vigueur. D’un point de vue technique, tous les spécialistes disent que c’est absurde de faire ces lois de surveillance généralisée.

Parlez-vous de ce sujet dans votre circonscription ?

Oui, j’ai beaucoup de messages de citoyens qui s’inquiètent. Et je peux vous certifier que je n’ai reçu aucune lettre de soutien à la loi. Plus largement, j’ai l’impression qu’il y a quand même une certaine résignation de la population : s’il faut en passer par là pour avoir moins d’attentat, beaucoup sont prêts à réduire leur liberté. Mais il faut bien qu’ils sachent que s’ils sont pour ce texte, c’est qu’ils sont d’accord pour donner leur mot de passe de leur boîte mail à la sécurité française…

En avez-vous aussi parlé au sein de votre groupe parlementaire des écologistes ?

Oui, et je suis surprise de voir que parmi les membres du groupe, certains trouvent ça normal de contrôler à ce point la population, alors qu’Europe-Écologie Les Verts a pris récemment des positions fermes contre la surveillance généralisée des Français.

Pensez-vous que ce texte soit irréversible une fois voté ?

On va utiliser tous les recours possibles, à commencer par la saisine du conseil constitutionnel dès que possible. Même si le Président a annoncé qu’il allait le faire – ce qui est problématique sachant que la loi n’a même pas encore été votée – cela ne suffit pas. Sa demande sur la constitutionnalité du texte est trop vague. J’ai dit oui à un appel transpartisan avec des députés comme Pierre Lellouche ou Claude Goasguen pour une saisine plus précise sur les arguments des techniques de surveillance qui posent problème. C’est tellement important que je n’ai aucun état d’âme à le faire avec des députés de droite.

Et si ce recours ne fonctionne pas, les citoyens pourront ensuite exercer eux-mêmes leur droit de recours, grâce à la Question Prioritaire de Constitutionnalité.

Quelle est votre vision en termes de renseignement ?

Je plaide pour une meilleure organisation du renseignement et de meilleurs moyens physiques de surveillance. En janvier dernier, c’était sidérant de voir qu’on a perdu la trace des frères Kouachi entre Paris et Reims. Autre exemple : la surveillance des locaux  de Charlie Hebdo avait été allégée quelques mois avant les attentats. Ce drame aurait pu être évité avec plus de moyens. Nous avons l’obligation d’être efficaces.

Le gouvernement propose des solutions qui ne sont ni efficaces ni protectrices des libertés. J’ai honte, et la société civile ne comprend pas non plus cette démarche. Tout comme pour la loi antitrroriste : je ne veux pas que l’Assemblée Nationale se ridiculise par cafouillage, par sa non-maîtrise de dossiers aussi importants. J’entends des erreurs d’appréciation et techniques non-excusables. Il n’y a pas à ridiculiser les opposants à cette loi.

Vous êtes favorable à la vidéo surveillance ?

C’est difficile d’évaluer son efficacité. Je crois qu’il n’y a qu’une seule étude en France, qui porte sur une ville moyenne du Sud, et qui explique que l’installation des caméras n’avait rien changé à la criminalité, ça n’avait fait que multiplier les PVs des voitures mal garées et renforcer le sentiment de sécurité des citoyens. Compte-tenu de l’investissement financier que ça représente, c’est une aberration !

Pensez-vous que les solutions à la sécurité nationale puissent aussi passer par la politique étrangère ?

Non, je n’insisterai pas sur ce sujet en priorité. Pourquoi avons-nous des jeunes qui partent faire le djihad dans un monde imaginaire qu’ils idéalisent ? Cela nous pousse à nous questionner sur notre société, à trouver des solutions au chômage chez les jeunes notamment. Nous avons des défis à relever en termes d’urbanisme, pour aménager des villes agréables, où on se sent bien, sans avoir à partir vers un monde fantasmé.

Loi renseignement

Pour en savoir plus : la tribune d’Isabelle Attard, Diane Vattolo, Silvère Mercier et Michaël Goldberg pour Nouvelle Donne.

Interview de Pierre Larrouturou pour Nouvelle Donne Sciences Po

En marge de la Journée des Gauches de Sciences Po mardi 14 avril, le co-fondateur de Nouvelle Donne a répondu à nos questions.

Pierre, sans mauvais jeu de mots, quelles nouvelles de Nouvelle Donne ?

P.L : Elles sont plutôt bonnes, on a fait 5,8% en moyenne aux élections départementales quand on avait des candidats seuls, et plus quand on était dans des alliances. On était dans 35 départements, partout où on est allés, on a eu un bon retour, je me rappelle d’une candidate de Bordeaux qui me disait qu’elle avait été très heureuse de faire campagne. On confirme notre bon score des européennes, où on avait réussi à avoir plus de 500 000 voix. Là, on se prépare à lancer une campagne sur le chômage et la précarité.

Le thème du jour c’est la France en 2017. Comment imaginez-vous la France dans douze ans ?

Si ce thème a été retenu, j’ai l’impression que c’est parce que la gauche pense qu’elle n’aura pas le pouvoir d’ici 2017. Je ne veux pas être dans ce défaitisme, je n’ose pas imaginer l’état de la France et du climat en 2027 si on laisse le pouvoir à la droite et l’extrême-droite. Je refuse le pessimisme qui veut que la gauche est finie et qu’il faudra dix ans pour qu’elle se reconstruise, et c’est bien pour ça qu’on a créé Nouvelle Donne.

Une question qu’on nous pose souvent, pour cette journée des gauches : où se situe Nouvelle Donne sur l’échiquier politique ?

Je pense qu’il faut avant tout parler des solutions qu’on met en avant. On rassemble des gens très différents autour de solutions concrètes. Après, je pense que le cœur de notre organisation est plutôt au centre-gauche, j’ai longtemps milité avec Michel Rocard au PS, à Europe Écologie. On compte aussi des gens qui n’ont jamais voté à gauche, et ils sont les bienvenus. Les vieux clivages explosent, les nouveaux clivages confrontent ceux qui se résignent et ceux qui veulent encore se battre, entre ceux qui ont compris la gravité de la crise sociale et ceux qui pensent que ce n’est pas grave et que la croissance reviendra régler tous les problèmes. Quand Stéphane Hessel me décrivait le Conseil National de la Résistance, il me disait que si la plupart des gens étaient à gauche, on retrouvait aussi des gaullistes, des communistes… A partir d’un moment, il faut savoir s’unir sur des questions cruciales pour la France et l’Europe.

À votre avis, la gauche est elle durablement divisée ou en pleine recomposition ?

Les divisions sont inquiétantes, il y a un pourrissement, une véritable déception par rapport au PS, on a un vrai morcellement des forces politiques, avec même des désaccords entre les cadres du Front de Gauche et des Verts. Si on veut reconstruire l’unité, ce ne sera pas en faisant comme Mitterrand avec de grands discours rassembleurs, mais plutôt par le terrain, les réseaux et les solutions concrètes, c’est pour ça que des journées comme celles-ci existent.

2017, c’est perdu pour la gauche ?

Non. Tous ceux qui disent que le choix sera entre l’UMP et le FN se trompent, en tous cas on va tout faire pour leur prouver le contraire. Comme citoyen, agronome, père de famille je pense qu’on est dans une situation critique, on a fait pourrir le pays depuis trente ans et sans solution forte sur le climat, la lutte contre le chômage, l’Europe ou le Moyen-Orient on n’y arrivera pas. On ne vit pas une oppression à la soviétique, mais on est dans un système qui broie, qui est inhumain. On a 14 000 personnes qui meurent véritablement du chômage chaque année en France. Mais on peut avoir des surprises, personne ne voyait s’effondrer le mur de Berlin. Il faut qu’on brise les tabous.

Le PS, que vous connaissez bien, a-t-il un avenir ?

Il a un réseau d’élus encore important, mais il vient d’en perdre la moitié aux élections départementales et municipales, et les régionales ne devraient pas être mieux. Je garde des amis au PS, mais intellectuellement et collectivement, ils sont morts, c’est dramatique de voir qu’ils n’ont pas tiré les leçons du 21 avril 2002 ni du non au référendum européen de 2005. Quand la gauche gagne en 2012, certes pour éliminer Sarkozy, elle a tout pour réussir avec tous les pouvoirs en main : les régions, les départements, les grandes villes et les deux chambres et une crise du capitalisme qui appelle à être régulé. J’ai franchement honte de voir que l’aide publique au développement vient de diminuer pour la quatrième année de suite, qu’on se fiche du climat malgré le sommet de 2015. Comment les cadres de ce parti peuvent-ils gérer leur carrière sans se soucier de ce pourrissement ? Certains nous voient comme le Podemos français. Chaque pays est différent, mais il faut qu’on arrive à créer la surprise, peut-être pas tout seuls, mais on doit le faire.

Conférence-débat sur la moralisation de la vie politique

Conférence

Trop d’élus font encore de la politique au mépris de l’éthique publique. Pour Nouvelle Donne, l’éthique est une priorité à ne pas négliger. Ainsi, pour les dernières élections départementales, tous nos candidats étaient signataires de la Charte Anticor et de la Charte de Nouvelle Donne qui les engage à être transparents et honnêtes.

Soucieux de cet engagement, Nouvelle Donne Sciences Po organise vendredi 10 avril une conférence-débat avec l’association Anticor, qui lutte contre la corruption, et le Mouvement Y, organisation de jeunes de la génération Y qui milite pour plus d’éthique dans la vie politique française.

Rendez-vous donc vendredi prochain de 19h15 à 21h salle 931, bâtiment C (9, rue de la chaise). Venez nombreux !

Lucie Watrinet : « Les citoyens ont un grand pouvoir d’influence sur les grandes marques »

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Lucie Watrinet au colloque Paradis Fiscaux en 2014 (source : Youtube)

Ce mardi 24 mars au bar Le Tennessee, les discussions bourdonnaient après l’apéro débat avec Lucie Watrinet, chargée  de plaidoyer au CCFD-Terre Solidaire. Devant une trentaine de personnes, la jeune spécialiste des paradis fiscaux et judiciaires a déroulé une argumentation aussi lucide que solide sur son sujet de prédilection.

Pour écouter Lucie Watrinet, il ne faut pas avoir peur des chiffres. Chacun de ses arguments est soupesé, étayé, validé par la statistique. « On constate l’évitement de l’impôt par le commerce international », commence l’oratrice. Avant d’asséner des chiffres affligeants : en 2009, un quart des entreprises du CAC40 n’avaient pas payé d’impôt sur les sociétés. Impossible d’avoir un chiffre plus récent, n’insistez pas : publier ces données n’est plus obligatoire.

C’est donc grâce à un manque total de transparence que les sociétés multinationales parviennent à éviter l’impôt. Seules 60% des cinquante plus grosses entreprises de l’Union Européenne rendent ainsi publiques leurs filiales. Et parmi celles qui jouent le jeu, on compte en moyenne 137 filiales par entreprise. Grâce à ce type de mécanisme, des géants comme Starbucks n’auraient pas payé un centime d’impôt depuis leur installation en France.

C’est donc de l’obscurité que se nourrit l’évasion fiscale : grâce au manque de transparence, il suffit de déplacer la marque dans l’endroit le plus adéquat ou de s’endetter auprès d’une filiale pour éviter l’impôt. Une technique répandue, très compliquée à traquer au vu  des informations disponibles.

« La meilleure solution reste l’échange d’informations, de reporter pays par pays les données agrégées. Nous avons remporté une victoire en 2013 grâce à la loi bancaire : toutes les banques doivent le faire au niveau européen ».

Quand bien même l’OCDE s’y met aussi en planchant sur un projet similaire, cela ne suffit pas : les informations doivent être publiques, accessibles aux citoyens. « Surtout, insiste-t-elle, toutes les sociétés doivent être concernées par de telles obligations ».

L’optimisme est de mise : « Même les investisseurs sont impliqués pour moins de fraude, explique Lucie Watrinet, le risque d’évasion fiscale se transforme aujourd’hui en risque d’image pour les grandes marques qui pourraient se faire condamner. Starbucks a vu son chiffre d’affaires baisser après des mobilisations sur le sujet. Il faudra d’ailleurs suivre attentivement ce que donnera la prochaine loi sur la transparence de la vie économique ». Autre opportunité pour notre invitée : la troisième conférence du financement pour le développement, à Addis Abeba : « Il faut pousser pour qu’on y crée un organisme international de contrôle qui soit beaucoup plus large que l’OCDE », argumente-t-elle.

Apéro débat

Une structure qui serait d’autant plus nécessaire que l’Union Européenne manque d’harmonisation en termes de législation anti-évasion fiscale, alors qu’une directive pourrait calculer et répartir pays par pays les impôts sur les bénéfices qu’une entreprise devrait sur le continent. En France, l’abus de droit est reconnu dès lors que le montage est fait dans le but unique d’évader les bénéfices vers l’étranger. Mais la preuve et l’attribution de la faute est un autre challenge ! Du côté des fraudeurs aussi, on manque de moyens : en France, un juge d’instruction ne peut pas mettre en examen quelqu’un pour fraude fiscale sans l’accord de Bercy.

« Mais Bercy n’accepte jamais, il faut faire sauter ce verrou ! C’est à cause de ce système que l’idée d’une fraude fiscale banalisée persiste. », s’indigne Lucie Watrinet.

En un quart d’heure le décor était donc planté. Le public pouvait alors s’intéresser de plus près à certains détails. Les doutes de certains sur l’efficacité de la dissuasion ont été levés par les exemples de transparence de plus en plus importante de la part d’entreprises du CAC40, comme Total.

Parmi les réponses apportées par Lucie Watrinet, plusieurs viennent du CCFD Terre Solidaire.

« Nous proposons les échanges automatiques d’informations pour éviter l’évasion fiscale des particuliers. C’est la meilleure chose que la France puisse faire bilatéralement. Sur ce point, on avance, même doucement ! Avant, un pays devait « hyperjustifier » ses demandes d’informations, qui se faisaient avec des délais contre-productifs et laissaient le temps aux gens de déplacer leur argent. Les choses ont changé. »

« Il y a aussi un gros travail de plaidoyer à faire pour éradiquer toutes les sociétés écrans qui permettent le blanchiment d’argent,» résume cette experte en « lobbying citoyen ». Une initiative européenne est lancée pour inscrire le principe de transparence dans un règlement des sociétés. « Si personne ne prend le lead sur rien, rien ne bougera. La France n’a pas revendiqué d’avoir été pionnière alors qu’en 2013 nous étions leaders ! Il faut prendre les choses en main pour porter notre idée. »

Lucie Watrinet a également mis en valeur une proposition de notre parti : celle d’introduire dans le code des marchés publics une proposition pour exclure les entreprises qui ont recours aux paradis fiscaux. « Nous avons même un amendement tout prêt pour ça ! » a-t-elle lancé devant au public aussi captif qu’actif dans le débat. Et notre invitée de conclure sur une autre note « très Nouvelle Donne » : « Les citoyens peuvent maintenir une pression publique sur les marques. Le CCFD représente un réseau de 11 000 bénévoles en France. Quand ils vont voir leur député en personne, ça pèse ! ».

A Sciences Po, Jean-Paul Fitoussi valide les idées de Nouvelle Donne :

« A Nouvelle Donne, nous revendiquons le droit au bonheur pour tous ». Plus de 160 personnes de tous âges étaient présentes ce soir pour écouter Pierre Larrouturou présenter les thèses de Nouvelle Donne à l’économiste Jean-Paul Fitoussi. Un analyste dont on ne présente plus la renommée internationale, qui a partagé la plupart des constats dressés par le co-fondateur et co-président du jeune parti.

Les constats en question ne sont pas fameux. « Il faudrait entre 2 et 2.5% de croissance annuelle pour sortir du chômage. On n’atteint plus ce score depuis 30 ans », a commencé ce dernier. Un tableau déjà gris qu’a noirci M. Fitoussi : « nos indicateurs de croissance ne prennent pas en compte non plus les dégâts que cause cette recherche de la croissance sur l’environnement ou le bien-être. Même un embouteillage est positif pour la croissance ».

Avec deux économistes pour animer la soirée, il est prévisible que l’échange soit truffé de chiffres. Gagné. M. Larrouturou les a bien choisis : 500 000 nouvelles personnes qui s’enregistrent à Pôle Emploi chaque mois. Sur les 400 000 qui le quittent, la moitié sont de simples radiations administratives. Et notre intervenant de s’indigner, évoquant cette femme rencontrée à Hénin-Beaumont qui vit avec 470€ par mois : « comment peut-on lui demander de relancer la croissance avec cette somme ? »

ND Sciences Po

Les attaques au libéralisme européen sont directes : « En 1992, on nous explique que le marché libre va booster la croissance, se souvient Pierre Larrouturou. L’année d’après, la croissance est nulle. Peu après, on nous annonce que le Japon dominera l’économie mondiale au XXIème siècle. Ce ne sera qu’une bulle ». L’ancien président de l’OFCE ne peut qu’approuver : «Ce qu’il se passe en Grèce est inacceptable : pour une simple raison de doctrine, on fait croître la mortalité infantile et le nombre de morts par absence de soin. La doctrine peut-elle nous mener si loin ? » Celui qui est aussi professeur émérite à Sciences Po s’emporte : « La période de stagnation qu’a connue l’Europe depuis la crise financière est plus longue que la stagnation des années 1930. Alors que nous voulons réduire la dette, toutes les politiques que nous menons ne conduisent qu’à l’augmenter ».

Le chapitre des politiques publiques est étoffé du côté de Nouvelle Donne. Pour son co-président, les méthodes employées depuis plusieurs décennies n’ont que peu d’effets. L’exemple Japonais revient sur la table : 6,6 points de PIB sont investis chaque année dans des plans de relance et 3,3% en recherche et développement. Les prêts à 0% sont facilités pour inciter à l’investissement. Résultat ? Une croissance moyenne de 0,7% entre 1992 et 2011. Une offensive économique couronnée par une croissance très molle. Quant aux États-Unis, ils subissent aussi les foudres de l’intervenant : « Malgré 3500 milliards créés par la Fed, les USA n’arrivent pas à sortir de la crise. » Jean-Paul Fitoussi va dans le même sens et fait trébucher l’Allemagne de son piédestal :

« on exagère la santé économique de ce pays. Sur les cinq dernières années, sont taux de croissance a été de 0,6% de moyenne, contre 0,4% pour la France ».

Comme si cela ne suffisait pas, M. Larrouturou évoque avec ironie la « petite crise climatique » que nous connaissons. Mais il ne s’étend pas, bien conscient que le public est déjà bien informé avec ce sujet. Il est temps de cerner les racines du problème après l’avoir décrit. D’où nous vient cette triple crise sociale, financière et climatique ?

Un graphique, comme souvent avec le pédagogue homme politique, éclaire un peu mieux l’auditoire. « On observe une cassure avec l’arrivée au pouvoir de Reagan : la sortie de Bretton Woods et le choc pétrolier n’avaient pas ébranlé autant que lui l’économie des États-Unis. » Les lacunes démocratiques de l’Union Européenne scandalisent aussi les intervenants. « Le système de gouvernance de l’UE transforme les chefs d’État en gouverneurs de province. On peut voter pour changer de président, mais plus pour changer de politique », assène M. Fitoussi.

Un autre graphique, amené par le même orateur, souligne un autre phénomène : la majeure partie des suppressions d’emplois s’expliquent aussi par les gains énormes de productivité réalisés depuis deux siècles. « M. Sarkozy peut scander ‘travailler plus pour gagner plus’, ce n’est pas dans ce sens que va l’histoire », amorce-t-il.

« L’informatisation et la robotisation ont transformé l’emploi. Il ne faut plus que deux pilotes pour piloter un avion, contre quatre il y a cinquante ans. »

Les solutions se trouvent en partie au cœur de ces symptômes. La Grèce est écrasée sous la dette. « Mais son budget serait excédentaire sans les intérêts de cette dette ». Que faire ? « Racheter la dette des Grecs à 0,1%, soit 90 fois moins que ce qui a été mis en place par certaines banques. Et tout ça sans avoir à changer les traités. Voilà un moyen de montrer que l’Europe est utile ! » plaide M. Larrouturou, dont l’idée a été défendue par Michel Rocard comme Georges Soros.

Brocardés à de nombreuses reprises pour « inspirer à l’UE des politiques qu’ils n’appliquent même pas », les pays nord-américains ont aussi été cités en exemple de politiques innovantes et alternatives. « Le taux d’impôts sur les bénéfices est de 38% au niveau fédéral depuis Franklin Roosevelt, rappelle le co-fondateur de Nouvelle Donne. Alors qu’il était à peu près à ce niveau dans la zone euro en 1995, il a dégringolé jusqu’à 25% en 2011. »

Quant à la productivité, elle ne doit pas représenter un obstacle. M. Larrouturou invoque le cas canadien où la lutte contre le chômage passe par une meilleure répartition de l’emploi. Près de 400 entreprises françaises – dont Mamie Nova et Fleury Michon – ont aussi décidé de compenser leurs gains de productivité par un partage plus large du travail. Résultat : des centaines d’emplois créés et des structures qui continuent à fonctionner six jours sur sept. « Voilà la meilleure manière de partager les richesses en partageant le travail », conclut-il en réponse à une question de l’assistance. Son économiste de voisin veut compléter, en insistant sur la nécessité de coupler cette répartition avec l’augmentation de la productivité.

« Si la productivité cessait de croître, on ne pourrait ni réduire les revenus, ni le temps de travail », rappelle M. Fitoussi.

La lutte contre crise climatique est présentée aussi comme un moyen de redynamiser l’économie. Le projet de Nouvelle Donne que nous vous présentions il y a quelques jours d’investir dans le logement est mentionné. Jean-Paul Fitoussi approuve et explique la nécessité de fonder une croissance qualitative fondée sur l’éducation et l’économie verte.

Le dernier défi à être abordé est éminemment politique : comment arriver à mettre tout ce programme en œuvre ? Nouvelle Donne sera-t-il le prochain Podemos français, bondissant du jour au lendemain dans les sondages ? Ou devra-t-il s’allier avec d’autres partis, comme le suggère quelqu’un du public ? Aucune des deux options n’est écartée par son co-président, qui annonce rencontrer prochainement Éric Piolle, maire Europe-Écologie-Les-Verts de Grenoble. Comment ne pas se transformer en « gouverneur de province européenne » une fois au pouvoir ? Confirmant le point de vue fitoussien d’une intolérable priorité de la technocratie sur la démocratie, Pierre Larrouturou s’en remet à l’histoire : « Margaret Thatcher n’a rien lâché au moment de scander ‘I want my money back’. Pourquoi n’insisterions-nous pas ? » Et l’intervenant de se rappeler ses jeunes années sur ces mêmes bancs de Sciences Po : « le spécialiste de l’Allemagne de l’époque était venu nous expliquer que le mur de Berlin était là pour encore cinquante ans. Nous étions en avril 1989. »

Un mouvement citoyen d’ampleur peut faire changer le cours de l’histoire. Et peut être nous éviter ce que craint Jean Paul Fitoussi : « un avenir sans futur ».